On ne sennuie pas, au cours de ces fêtes somptueuses, qui consacrent, à sen faire péter la panse, le prestige de la pôchouse. Pourtant, nous sommes bien loin des origines simples de ce plat qui remontent vraisemblablement au flottage et aux mariniers. Au XVIème siècle déjà, du temps de la courageuse Marguerite de Busseuil, le port de Verdun avait pris son essor. Jusque dans les années 1900, la confrérie des mariniers sest réunie dans la chapelle Saint-Nicolas. Cétait le carrefour naturel , le lieu de triage du bois, pour ceux qui descendaient du Haut-Doubs avec leur bûches (Le Doubs), avant demprunter la voie navigable vers le sud (la Saône), par radeaux.
Au siècle dernier, Les Bordes, village attenant à Verdun, était encore presque totalement peuplé par ces mariniers et pêcheurs issus de la Franche-Comté ou de la voie navigable lamartinienne.
![]() Pays de pêche et de rencontre entre la Saône et le Doubs, Verdun ne pouvait échapper à un tel destin culinaire. |
On dit que les flotteurs ainsi réunis, jetaient leurs poissons dans un chaudron rempli de vin blanc, avec une poignée de gousses dail. Ainsi serait née une matelote, que les racourcis présentent trop souvent comme une "bouillabaise deau douce" ou une "bourride bourguignonne", et qui rassemble généralement, brochet, anguille, perche, lotte et tanche. |
Mais cest à la restauration locale que la pôchouse doit véritablement
sa notoriété. Là encore, les genres varient dun lieu à lautre. Sil
est admis que Verdun reste la capitale en la matière, un peu partout
alentours, on propose des pôchouses de différentes façons.
Ainsi, Yves
Lacord au "Beau rivage" à Allerey, préconise une "sauce acide", associe "
lardons, croutons et poissons à la façon de grand-mère", mais nhésite pas
, moyennant supplément, à séduire les étrangers (les Américains notamment)
, avec une pôchouse sans arête. "Le plus important", précise-t-il, "cest
de bien choisir les poissons frais." Un point de vue général qui a ses
adeptes et ses détracteurs.
| Revendiquée et jalousée à Chalon comme à Seurre ou à Saint-Jean-de-Losne , présentée sous une douzaine de formes plus ou moins différentes, cette pôchouse ne sera, de toute façon, jamais aussi légitimement attribuée quà Verdun. Même si lattention apportée à ce plat est devenue inégale dun établissement à lautre, on ne peut oublier cet héritage laissé par ses vrais promoteurs, les artistes aux fourneaux. | ![]() Au "beau rivage" Allerey, près de Verdun, on propose même de la pôchouse sans arête, histoire de braver les réticences des étrangers. |
![]() Avant toute chose, Verdun-sur-leDoubs est une petite ville dont le charme discret de ces maisons penchée sur leau ne peut laisser indifférent. |
Tout cela, toute cette savoureuse richesse historique frottée avec des gousses dail mérite quon sy arrête (de poisson sentend). Et dans le lyrisme ambiant, on ne peut quinciter tout un chacun à saluer, à la bourguignonne, ce "plat national de Verdun". Comme au banquet, en levant les mains et en chantant joyeusement de toute sa voix : La-la, la-la-la-la-Lère, etc... |