ls sont les super toqués de la Bourgogne, les rois du goût,
les virtuoses du piano, les figures emblématiques de notre art
culinaire. Dans lordre alphabétique; les Gillot, Lameloise,
Loiseau, Lorain, Meneau et Thibert sont des noms dartistes
entièrement dévoués à la cause de la gastronomie.
Acharnés au travail, complètement envoûtés par leur passion,
ils jouent le jeu de linterrogatoire rapide avant doffrir aux
lecteurs de Bourgogne Magazine, une recette de leur choix.
Attention, il sagit bien de secrets de chefs, à conserver
précieusement, et à garder pour soi.
Trop masculin ce petit rassemblement ? Peut-être, mais si vous
voulez avoir un début de réponse à cette intrigante question,
vous êtes invités à lire ce que ces messieurs pensent de ces dames
aux fourneaux.
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Jean Pierre Gillot
Le moulin de Martorey à St. Rémy (71), une Etoile au Michelin.
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Jacques Lameloise
Place dArmes à Chagny (71), trois Etoiles au Michelin.
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Ce sont les frères Troisgros qui ont ouvert lhorizon du petit Jacques
qui débutait dans le métier.
Désormais les choses ne seront plus comme
avant et on ne déclinera plus les archétypes de la Grande Cuisine avec
lengoncement lourd des beurre, crème, et autre sauce blanche.
Depuis quil commande les cuisines de son fief de Chagny, Jacques
Lameloise se passionne comme au premier jour, inspire un respect unanime
chez ses pairs et mange subrepticement ce quil peut dérober au regard
inquisiteur de son chef de cuisine, préposé "weightwatcher" de lembonpoint
du patron. Décrire la cuisine de Lameloise est facile, tout est très bon.
Du ravioli descargots aux griottines au chocolat noir, en passant par
le pigeonneau à lémietté de truffes. Vite, à table !
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Bernard Loiseau
La Côte dOr à Saulieu (21), trois Etoiles au Michelin.
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"Aujourdhui, nous nirons plus jamais au restaurant pour sem..."
déclare-t-il sans concession. Si vous ne connaissiez pas encore le
personnage, voilà pour mieux le cerner.
Il naime pas les chichis,
le chuchotement compassé ou le silence sépulcral dans son restaurant;
il veut que "ça" vive. Un rien cabot, Bernard Loiseau inspire pourtant
une force matoise, qui évoque irrésistiblement le taureau campé sur
la place voisine, oeuvre du grand sculpteur Pompon.
Et on mange chez
lBernard : magret miellé, foie gras poêlé, purée de pommes de terre truffée,
girolles. Cest simple, classique, mais tellement bon et achevé que
ça ne doit pas être aussi simple que ça.
Et le sorbet à la tomate, il fallait oser... Pourtant, après une cuillerée
du sorbet, où la chair sexprime presque violemment, suivie de la peau,
séchée et croustillante de sucre, on sétonne de regoûter, choqué puis
conquis. Cest vrai que lon ne semm... nuie pas chez Loiseau.
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Jean-Michel Lorain
A la Côte St-Jacques à Joigny (89), 3 Etoiles au Michelin
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La cuisine, il est tombé dedans quand il était petit, et depuis, avec sa
coupe en brosse agrémentée dun petit épi juvénile, ce Chef a des allures
détudiant sage.
Une certaine austérité dans le regard trahit pourtant
les responsabilités énormes qui lui incombent.
Diriger un trois Etoiles
nest pas une sinécure et Jean-Michel Lorain na plus tellement le temps
daller pêcher dans lYonne, qui file tranquillement sous les terrasses
de la Côte ; et sa prédisposition pour les mathématiques, si elle ne
la pas porté vers un métier plus aride, semble doter sa cuisine dune
précision chirurgicale. Un bar légèrement fumé, accompagné dune crème
de caviar, confine à la sérénité...
Et la soupe de fruits rouges,
dont lépure nest troublée que par la douceur lancinante dun sorbet
au lait entier évoque léquation parfaite.
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Marc Meneau
A Saint-Père Sous Vézelay (89), 3 Etoiles au Michelin. |
"Il faut redonner aux gens la passion du goût !"
Marc Meneau est un caustique, jetant deux ou trois pincées dironie
relevée dans le plat de la conversation, avec le regard enveloppant dun
chanoine.
Il pourfend les fast-food, les politiciens, et la léthargie
économique de la Bourgogne mais se passionne pour lHistoire de la cuisine
et constate le manque dinterêt de lacte culinaire, pour mieux expliquer
sa recherche inassouvie de nouvelles saveurs ou de trésors enfouis dans
quelque vieux grimoire dédié à la chère. Pour lui, rien nest à inventer
et tout est à redécouvrir : les Perses et leur exposé sur linfluence du
rôtissage sur la cuisson des haricots, dont les peaux (7 en tout) doivent
cuire en touches successives, pour ne pas coller entre elles,
confortant la saveur de la fève qui cuit ainsi dans son jus à létouffé...
Ou encore le curry dans sa déclinaison exhaustive, sur lequel il a décidé
de se pencher ces temps derniers, concoctant une simple salade de pommes
de terre, soulignée dune vinaigrette au curry, dont lévocation anime
le regard du maître dune joie primesautière.
Chez Marc Meneau, on ne mange pas, on instruit le palais. Mais à bien
regarder les pommes fruits danser inlassablement sous les feux de la
rôtissoire, désaltérées dans leur manège, par de grandes rasades de crème,
de sucre et de lait versées dans leur décolleté, on a hâte dêtre
à la création.
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Jean-Paul Thibert
10 place Wilson à Dijon (21), une Etoile au Michelin.
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Le verbe typé de la Bresse, avec des "r" qui roulent à vitesse moyenne
pour bien montrer lascendance paysanne dont il est fier, Jean-Paul
Thibert cultive une bonhomie sympathique et une passion pour les champignons.
Il aura, semble-t-il, du mal à suivre le régime minceur quil sest
imposé cet été, compte tenu de sa passion pour la chose culinaire et
ses produits. Sa table est gourmande jusquau péché, donnant loccasion
dune rencontre coquine entre une dodine de canard à la royale, et
une crème de figue, melopée mauresque venant "dodiner" la dodine,
ou bien laccord meurtrier dun gâteau de noix caché sous une crème
brûlée, dérangés habilement dans leur stupre par la douceur dun jus
dendives...
Servir les vins à bonne température
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par Lyonel Leconte, meilleur sommelier de france